À Joliette un 18
août, une masse de
huit oeufs a été observée parmi les longues soies du fruit d'une
chétive sétaire (Setaria
sp., graminée). La découverte était remarquable à plusieurs égards: la
date tardive, le
lieu de ponte hasardeux, la couleur des oeufs
et l'environnement inhospitalier, sans
proies apparentes pour les prédateurs en train de naître. Le genre Perillus
produit des oeufs opaques et noirs, couleur qui est généralement un
signe,
chez les Pentatomidae, que l'oeuf abrite un parasite. Mais ce n'était
pas le cas ici car les huit oeufs ont éclos. Une seule des huit nymphes
a été capturée, le 22 août, pour en faire l'élevage.
Élever en captivité un insecte prédateur
requiert une source de nourriture appropriée et en quantité suffisante.
L'aspect des oeufs a permis de déterminer qu'il s'agissait d'une
punaise du genre Perillus
qui se nourrit de chrysomèles. Quand la nymphe a été capturée, elle
était sur de l'herbe à poux (Ambrosia
artemisiifolia) et se nourrissait d'une larve très
semblable à celle d'une chrysomèle du genre Ophraella. C'est ce
qui a déterminé le choix de la nourriture pour l'élevage. Par ailleurs,
une source abondante de chrysomèles du genre Ophraella sur de
l'herbe à poux avait été observée en juillet et pouvait servir de
réservoir de nourriture; des Perillus
circumcinctus avaient été observés sur ce site. Perillus bioculatus
a donc été élevé avec succès du stade II à celui d'adulte en le
nourrissant exclusivement de la chrysomèle du genre Ophraella sur de
l'herbe à poux, qui semble avoir été consommée à une occasion.
L'élevage tardif en saison a rendu difficile l'alimentation du stade V.
Les larves d'Ophraella
en liberté ou capturées pour nourrir ultérieurement la punaise
étaient toutes devenues adultes ou avaient tissé leur cocon. P.
bioculatus
était très maladroit pour saisir les proies adultes qui s'échappaient
au moindre contact du rostre. Pourtant, Knight (1922) qui a élevé cette
espèce en grand nombre, note qu'elle s'alimente de l'adulte du
Doryphore de la pomme de terre. La punaise mâle adulte a été relâchée
le 9 septembre sur un site où des adultes y avaient été observés durant
l'été. Les punaises hibernent au stade adulte.
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| C'est sur ce petit plan de
sétaire (→) que la femelle a pondu ses oeufs, en bordure d'un
chemin de gravier peu fréquenté et bordé de mauvaises herbes, dominées
par l'armoise (Artemisia
sp.). |
18
août.
Les oeufs sont en train d'éclore. En A1→, la partie ventrale de la
nymphe à peine sortie de l'oeuf est exposée vers le haut. Les antennes
et les pattes sont si étroitement pressées sur le ventre qu'elles sont
quasiment invisibles sur la photo. Cinq minutes plus tard, en A2→, la
nymphe s'est légèrement redressée et les pattes se sont déployées. En
B→, un ovirupteur en T est visible. D'après Knight (1922), l'oeuf
mesure en moyenne 1,2 mm de long et son diamètre dans la partie la plus
large est de 0,88 mm. |
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| 19
août. Les huit nymphes grégaires passent leur première journée
agglutinées au-dessus de leurs oeufs. Le stade I ne se nourrit pas. |
20 août. Les nymphes de stade I
restent ensemble parmi les longues soies de la graminée. Deux
punaises ont disparu. |
21
août. Les nymphes ont mué au stade II. Le thorax a pris une couleur
bleu métallique. Les oeufs sont à gauche, sur cette photo. |
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| 22
août. Les nymphes ont commencé à se disperser. C'est cet individu qui a
été capturé sur un plant d'herbe à poux situé non loin de la graminée.
Il avait déjà trouvé une proie et s'en nourrissait au moment de sa
capture. |
22 août. Stade
II, en captivité.
Une
larve du Coléoptère appartenant au genre Ophraella
a été offerte à la
punaise qui s'est approchée prudemment et a piqué la larve
tout
en se tenant à l'écart, le rostre tendu. Après quelques minutes, la
proie était partiellement neutralisée. La
punaise, le rostre solidement planté dans la proie, travaille ensuite
très fort pour arracher la larve agrippée à l'herbe à poux.
Elle
la
traîne au bout de son rostre et monte sur la paroi verticale de la
boîte de
Petri. Elle se
nourrit plus de six heures, la proie suspendue en dessous d'elle. |
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La
nymphe a mué au stade III le 24 août. L'apparence générale des nymphes
de stade II et III est très semblable. Le reflet bleuté du thorax
s'atténue légèrement mais reste présent.
La punaise a été gardée
captive dans une boîte de Petri (ci-dessus), de sa capture jusqu'au 29
août. La nourriture lui était présentée sur des tiges florales ou des
feuilles d'herbe à poux. La punaise n'a pas été observée en
train
de consommer l'eau imbibée dans un papier absorbant. Toutefois, à une
occasion, elle est restée plusieurs minutes, le rostre planté dans
l'extrémité d'une tige fraîche d'herbe à poux (ci-dessus). Elle
semblait s'en
nourrir. Knight (1922) note que parmi les centaines de P. bioculatus
qu'il a élevées en captivité, seuls deux individus ont semblé se
nourrir des feuilles de pommes de terre, sur lesquelles il élevait ses
punaises. D'après Knight, les adultes le font toutefois au printemps,
au sortir de l'hibernation, avant de se nourrir de proies.
À
droite, le plan d'herbe à poux en pot où la nymphe a été gardée du 29
août au 9 septembre. La punaise cherchait invariablement à se
percher pour que sa proie soit suspendue en dessous d'elle pendant
qu'elle s'en nourrissait. Le plant d'herbe à poux permettait à la
punaise de se percher plus facilement que sur les parois de la boîte de
Petri. |
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| 27
août. La punaise vient de muer au stade IV et n'a pas encore pris ses
couleurs caractéristiques. Les fourreaux alaires sont maintenant
apparents. |
29 août. La punaise de stade IV
se nourrit de la larve d'Ophraella
qui est à l'intérieur de son cocon grillagé. Cette nourriture a été
offerte à la punaise car à la fin d'août, les larves sont devenues
adultes ou en voie de l'être. |
7
septembre. Stade V. Les fourreaux alaires sont plus développés. La
marge du pronotum est orange. Le lustre bleuté est presque complètement
disparu. |
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| À
partir du stade V, la nymphe a dû être nourrie avec des adultes, en
l'absence de larves ou de cocons, introuvables au mois de septembre. La
punaise capturait très difficilement les adultes et les relâchait
parfois. |
8 septembre. Adulte Perillus bioculatus
mâle. La punaise a mué la veille. Malgré la présence de nourriture,
elle avait jeûné durant les trois jours précédant la mue. |
Chaque stigmate entouré d'une large zone noire est une
caractéristique de P.
bioculatus. Les mâles de cette espèce ont une dense
pubescence argentée
et aplatie sur les segments 5 à 7 de l'abdomen (Knight, 1922). |
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Nourriture
Durant sa captivité, la punaise a été nourrie de chrysomèles du genre Ophraella
qui colonisaient en grand nombre des plants d'herbe à poux, en bordure
d'un
boulevard urbain.
Durant sa captivité qui a duré 18 jours, la punaise a consommé 22
coléoptères.
Stade I: en liberté, aucune proie consommée
Stade II: 2 jours sur 3 en captivité, 1 larve
Stade III: 3 jours, 2 larves
Stade IV: 4 jours, 1 larve et 3 cocons
Stade V: 7 jours, 3 larves, 1 cocon et 9 adultes
Adulte: gardé deux jours avant d'être relâché. A consommé deux adultes.
Note: une punaise de stade III, probablement du genre Podisus, a été
observée sur le site
colonisé par les Ophraella
en train de consommer une chrysomèle adulte alors que Perillus
même au stade adulte, ne semblait pas doué pour attraper les
coléoptères adultes, agiles et combatifs. |

Larve et adulte Ophraella
sp. sur une feuille d'herbe à poux. |